Je suis devenue adulte un certain jour, dont je ne me souviens
absolument pas, où les choses ont dues changer, puisque je commençais à les comprendre...
C'est un peu difficile à expliquer mais je pourrais traduire cette situation en vous prenant un exemple : supposez que vous vous creusez la tête sur un problème, et que, un beau matin, vous
trouvez la solution ! Vous avez fait un grand pas en avant et, par conséquent, vous vous sentez plus sûr de vous, plus grand, plus fort... Devenir adulte, c'est un peu identique, c'est quand vous
vous rendez compte que certains faits deviennent soudain très nets à votre compréhension, et qu'il ne vous est plus nécessaire de demander des explications.. le jour où toute une foule de chose,
jusque là cachées derrière des points d'interrogation, se révèlent à votre esprit encore embué d'adolescence. Petit à petit, au fur et à mesure des solutions aux problèmes insurmontables, au gré
des réponses aux questions tout juste posées, on se voit obligé de cesser d'être un môme, pour accepter de pénétrer dans le monde des adultes !
Il n'y a rien de bien réjouissant à première vue, rien de tentant non plus. Pourtant, à bien se souvenir, quand on est jeune, on a tendance à regarder ce monde-là comme on collerait son nez à une
vitrine attrayante, alors que le magasin est fermé pur quelques années encore. Tempérament différent qui veut que, parmi ces gosses arrivés à cette croisée des chemins, certains parviennent à
briser la vitre, fonçant tête la première dans cette aventure qui leur est désormais permise, abandonnant à jamais ce nez écrasé contre la vitre, laissant innocence et franchise sur le
paillasson. Refusant d'attendre plus longtemps, ils ne conserveront de ce jeune âge que des dents acérées, prêtes à mordre dan ce qui leur a été si longtemps refusé !
D'autres, plus hésitant, se retrouveront devant la porte ouverte, sans oser avancer un pied, humant l'air de temps en temps, sans jamais se risquer à cette vie-là ...
Quant à la troisième catégorie, ce sont surement les moins fous et les plus lucides. Arrivés à la devanture dressée sur le chemin de leur vie, ils plieront armes et bagages et emporterons,
sous une envie de découvrir l"inconnu, cette image de gamin qui traînait devant la vitrine. Amusés, enthousiastes mais pratiques, ils se lanceront avec tranquilité de l'autre côté de ce monde-là.
Celui des adultes ? D'accord, ils veulent bien accepter d'y faire leur premier pas, et même les autres, mais libres à eux de ce glisser parfois dans ce décor qu'ils ont conservé dans leur
valise. Ils sont partis dans le futur, mais ils ont pris garde de ne pas claquer la porte derrière eux, se donnant le droit de revenir de l'autre côté du miroir pour, le moment opportun, se
retrancher dans un gout d'innocence, rattrapant au vol cette fragilité, ce sens de la sensibilité qui n'appartient véritablement qu'aux enfants. Ils veulent bien grandir mais pas sans oublier
tout, pas se durcir sans restriction, pas se fermer sans un sourire ! Ils sont d'accord pour rentrer dans le magasin, mais pas pour faire peur aux enfants qui appuient leurs nez aux
devantures...
Alors si un jour vous entendez dire de quelqu'un qu'il n'est qu'un "grand enfant", qu'"un gosse qui tarde à mûrir", dites-vous simplement qu'il y a de fortes chances pour que ce soit
quelqu'un d'un peu plus intelligent que les autres, parce qu'un certain matin, au moment du départ pour le pas en avant, il a su faire les valises qui convenaient ! Et si la violence et la
méchanceté des adultes frappent non loin de vous, tenez-vous proche de cet être-là, parce qu'il saura vous attraper la main pour vous entraîner ailleurs, là il fait bon
coller son nez à une certaine vitrine...
Et puis n'oublions pas que ces gens-là ne sont pas "des gosses qui tardent à mûrir" mais simplement, et c'est autrement plus beau, "des enfants qui refusent de grandir" ! Comment pourrait-on leur
en vouloir ?